Présentation

Dévoiler… ou non les mémoires des familles
du Lycée français de Madrid

Presentation

Introduction
L’équipe du projet
Les familles interviewées
Le sondage auprès des parents du LFM
Réflexions

Afin de pouvoir confronter l’échantillon de ces 29 familles à la population de référence, l’ensemble des parents des élèves scolarisés au Lycée français de Madrid, nous avons lancé fin octobre 2015 un sondage auquel 1259 parents ont répondu et dont voici les résultats partiels:

 

sondage

 

TOTAL
1261 Encuestados
¿En el seno de su familia, usted o sus padres/abuelos han sido escolarizados en el Liceo Francés de Madrid?
Sí, yo mismo
Sí, al menos uno de mis padres
Sí, al menos uno de mis abuelos
No, pero en otro establecimiento de enseñanza francesa en España
No
TOTAL
1259 Encuestados
La tradición religiosa de la familia es más bien…
Otras religiones
Católica no practicante
Católica practicante
Sin religión
Otras
TOTAL
1278 Encuestados
La tradición política de la familia es más bien…
Apolítico
De derecha
De derecha e izquierda
De izquierda
Prefiere no responder
TOTAL
771 Encuestados
Durante la guerra civil, ciertos miembros de su familia han estado implicados…
En el bando republicano
En el bando nacional
Buscaban sobre todo sobrevivir
En ambos bandos
No lo sabe
Prefiere no responder
TOTAL
761 Encuestados
A causa de la Guerra Civil, algunos miembros de su familia fueron exiliados / emigraron…
No
Sí, en otro región
Sí, en Francia
Sí, en otro país
No sé
No se pronuncia

29 familles du Lycée français de Madrid ont participé à la première étape de ce projet, en acceptant généreusement d’ouvrir leur porte à nos élèves et de répondre aux questions très personnelles qui leur ont été posées. Dans la plupart des cas, pour chaque extrait publié, nous n’avons fait apparaître que les initiales de la famille, le prénom de la personne interviewée et son statut au sein de la famille (la fille ou le fils, la mère ou le père, la grand-mère ou le grand-père). Dans certains cas, le nom de famille est révélé, comme dans le cas de la famille Carrillo, du fait de la notoriété de Santiago Carrillo, le grand-père, décédé en 2012.

Les élèves-enquêteurs de la classe de 1ère ES3 de 2015-2016:

Ana Aguirre Arredondo, Irene Arribas Lopez, Inès Auger Caro, Lucia Barbacharro Martin, Jaime Barrabes del Pozo, Avril Bats Navarret, Jean Blouin Fernandez, Gabriel Bogliolo, Océane Broch, Sofia Carias Guerrero, Daniel Diaz Garcia, Antoine Droulers Oleo, Martin Ferreira Queimado, Fiorenza Iannicelli Perez, Marina Leal Guillemin, Alexandre Luylier, Paula Montero Rentero, Guillermo Moreno de Guerra, Marco Paul Ortiz, Fabio Peleato Arnaudies, Isabelle Perez Murillo, Marc Polanco Eschenlohr, Gonzalo Quiroga Ortego, Maria Sieiras Gomez, Pablo Soler Macias, Diego Torrente Velez, Guillermo Umbria Varas, Enrique Vidal Marin, Valentin Zemmouche Garcia.

Les adultes encadrants:

Stéphanie Acchiardo,  Jesús Alacid García, Beatriz Diaz Garcia, Marion Ledru, Dimitri Nicolaïdis, Floreal Peleato, Eric Playout, Hervé Siou, Sandrine Trassy.

Le responsable du projet:

Dimitri Nicolaïdis.

Lorsque nous avons lancé ce projet de mener un enquête ayant pour objet la transmission mémorielle sur trois générations auprès d’une petite trentaine de familles volontaires du Lycée français de Madrid, nous avions bien conscience qu’avec un échantillon aussi restreint, nous ne pouvions prétendre à une quelconque représentativité, ni de la société espagnole en général, ni même des familles du LFM en particulier. D’une certaine façon, nous pensions plutôt faire émerger si ce n’est une image inversée, du moins un portrait en creux de la mémoire collective des Espagnols en 2016, qui raconterait l’histoire plus ou moins atypique de ces familles qui ont fait le choix de confier l’éducation d’un ou plusieurs de leurs enfants au LFM, et, plus encore, de partager leurs souvenirs et d’oser les rendre publics en participant à ce projet.

Pourtant, très rapidement, nous nous sommes rendus compte que la récolte des souvenirs familiaux par des lycéens d’une classe de 1ère ES était loin d’aller de soi. Sans même évoquer les problèmes pratiques et intrinsèques à la nature même du projet, le matériau brut que ramenaient nos élèves de leurs entretiens avec ces familles, toujours très accueillantes et bienveillantes, nous donnait bien souvent l’impression d’une plongée dans le passé inaboutie, d’un théâtre d’ombres où les événements évoqués étaient comme mis à distance et surtout détachés du contexte dans lequel ils s’inscrivaient. Comme si l’interviewé revisitait en spectateur le passé familial, ne voulait pas se risquer à une interprétation qui aurait dessiné un sens aux trajets vécus par les uns et les autres et dont l’entrelacs pouvait former l’esquisse d’une « histoire familiale » spécifique. Certes, nous ne nous intéressions pas particulièrement aux traits de caractère et pathologies familiaux – que nous charrions tous en héritage – mais, d’une façon semblait-il plus respectueuse de l’intimité de ces familles, à ce qui, dans ces portraits de groupe, donnait à voir la façon dont aujourd’hui des familles espagnoles pouvaient rattacher leur propre histoire à celle de l’Espagne, articuler une mémoire familiale avec la mémoire collective des Espagnols.

C’est donc avec les outils de la sociologie et de l’histoire, mais aussi de la littérature – puisque la mise en récit de ces « histoires » n’est pas qu’un processus formel mais détermine leur contenu même – ou encore des mathématiques – pour élaborer des statistiques et confronter notre échantillon d’une trentaine de familles avec la population de référence, les familles du LFM, grâce à la petite enquête à laquelle environ 1200 « parents » ont répondu en octobre-novembre 2015 – que ces élèves de la série « ES » ont mené ce projet. Nous avons d’ailleurs commencé ce travail en évoquant des auteurs majeurs comme le sociologue Maurice Halbwachs, le philosophe Paul Ricœur ou l’historien Benjamin Stora, et en abordant les enjeux méthodologiques et conceptuels auxquels nous allions être confrontés : quelle est la différence entre mémoire et histoire ? qu’est-ce que la mémoire collective, et comment s’articule-t-elle aux mémoires individuelles ? dans quelle mesure nos souvenirs sont-ils déterminés par notre environnement social ? l’oubli est-il consubstantiel du processus de remémoration ? dans quelle mesure peut-on parler d’une « concurrence des mémoires » dans l’Espagne contemporaine ? à quelles conditions les résultats d’une enquête peuvent-ils être « scientifiquement » considérés comme représentatifs d’une population donnée ? comment mesurer la façon dont une mémoire se transmet, d’une génération à l’autre ? quelle position l’élève-enquêteur doit-il adopter pour tout à la fois montrer assez d’empathie pour encourager la parole et garder une certaine objectivité ?…

Pourtant, malgré ce travail préparatoire et les procédures mises en place, c’est comme si, tout au long du projet, quelque chose résistait, nous empêchait de dévoiler pleinement ces identités familiales et leur inscription dans le temps long de l’histoire espagnole. Certes, le poids de celle-ci est encore palpable et les débats qui ont jalonné l’adoption en 2007 de la loi « sur la mémoire historique », initiée par le premier ministre socialiste Jose Luis Zapatero lui-même petit-fils d’un officier républicain fusillé par les franquistes, témoignent de ce « passé qui ne passe pas » et raisonnent encore dans l’Espagne contemporaine (voir la récente polémique autour de la décision du nouveau pouvoir municipal à Madrid de débaptiser les rues dont les noms renvoient au franquisme). Le « Pacte du silence » qui, à propos de la guerre civile et de la dictature de Franco, aurait été conclu plus ou moins implicitement par les forces politiques nouvelles au moment de la transition démocratique afin de ne pas risquer le retour des vieux démons et la réémergence d’anciennes fractures sociales et politiques, est encore loin d’être remis en cause. N’a-t-il pas fallu récemment l’intervention d’une juge argentine (18 août 2016) pour rouvrir le dossier emblématique de la dépouille disparue du grand poète espagnol Federico Garcia Lorca, assassiné au début de la guerre civile par des phalangistes ? Non pas que des voix ne se seraient pas fait entendre depuis une vingtaine d’années et ne continueraient pas de s’exprimer pour tenter d’exposer à la lumière des épisodes individuels ou collectifs de ces pages sombres de l’histoire trop longtemps laissées dans l’ombre. Mais ces tentatives n’ont pas produit un nouveau récit collectif qui aurait tracé un trait d’union entre la Seconde République et l’Espagne post-franquiste, et permis de réhabiliter les perdants de l’histoire et de reconnaître leurs souffrances. Tout s’est passé comme si la nécessaire exemplarité de la démocratie espagnole devait se traduire par une totale transparence et une libération de la parole, mais une parole restée inaudible par la communauté nationale qui n’a pas vraiment cherché à lui donner une portée collective.

De ce point de vue, il a bien fallu se rendre à l’évidence que le Lycée français de Madrid n’était en rien un sanctuaire préservé du climat social environnant. Le fait est que, bien souvent, dès qu’il s’est agi de visiter les années antérieures à 1975, nos élèves-enquêteurs se sont heurtés à un plafond de verre selon deux modalités différentes : soit il était question des souffrances que l’évocation du passé pouvait provoquer, en particulier chez la génération des grands-parents, et l’injonction à ne pas trop remuer les souvenirs douloureux de ce passé antérieur en découlait naturellement ; soit les récits et anecdotes donnaient à voir des parcours familiaux détachés du contexte socio-politique de l’époque, et lorsque ce contexte était évoqué, il apparaissait comme une fatalité extérieure subie par les membres de la famille plutôt que comme la condition de possibilité d’une série d’actions dont ils auraient été sciemment partie prenante. Rare ont donc été les moments où la parole s’est faite véritablement réflexive, et où la prise de parole aura permis de donner sens au récit transmis d’une génération à l’autre en fonction du contexte, d’expliquer la façon dont se sont nouées les relations intergénérationnelles et la capacité des uns à (ne pas) transmettre aux autres des bribes d’existence révélatrices d’une véritable « histoire familiale ».

A de rares moments pourtant, on sent pointer la colère, le désir de régler des comptes avec ceux, parfois au sein même de la famille, dont les actions ont contribué à tordre des vies en y laissant des marques plus ou moins apparentes. Une question vient alors inévitablement à l’esprit : ce décalage entre d’un côté des récits sans aspérités où affleurent non-dits et tabous, et de l’autre des souvenirs troubles et parfois traumatiques dont les effets continuent à se faire sentir d’une génération à l’autre, ne reflète-t-il pas le clivage gauche/droite et le positionnement politique des uns et des autres vis-à-vis de cette revendication d’une mémoire recouvrée, d’une reconnaissance de ce que des Espagnols ont fait subir à d’autres Espagnols, et plus généralement de la place des perdants dans la mémoire collective ? La mémoire républicaine a en effet été doublement niée, sous le franquisme où elle était celle de l’ennemi et à ce titre délégitimée, puis après le retour de la démocratie où elle fut ghettoïsée, marginalisée par les institutions et les grands médias. A chacun sa mémoire : telle est finalement le credo de la droite qui, en maintenant le statu quo du « pacte du silence », peut se complaire dans cette position d’entre-deux où elle n’a pas à choisir entre la mémoire franquiste, illégitime, et la mémoire républicaine, idéologiquement inacceptable. Or, le sondage effectué à l’automne 2015 auprès de plus de 1200 parents du LFM a montré qu’une majorité des familles de cet établissement se reconnaît davantage dans la droite que dans la gauche, positionnement politique facilement corrélable avec le profil socio-économique dominant chez les familles de cet établissement payant. Faut-il, avec un échantillon d’une petite trentaine de familles interviewées si peu représentatif, faire le lien entre cette tendance politique majoritaire et la difficulté à contextualiser l’histoire familiale, en particulier lorsqu’il est question de la réussite socio-professionnelle qui caractérise nombre de récits de la génération des grands-parents, durant les années 1950 et 1960 ? Ce n’est pourtant pas aussi simple, ne serait-ce que parce que, au sein de familles « de gauche », on peut être aussi confronté à beaucoup de réticence à évoquer un passé traumatique et faire remonter des souvenirs pénibles. Mais un autre facteur nous est apparu de façon évidente au fur et à mesure de la conduite de cette enquête. Le dispositif mis en place ne tenait pas en effet assez compte du fait que, face à ces familles, nous n’avions pas des sociologues rompus à l’exercice de l’enquête de terrain mais des élèves trimballant avec eux leurs affects et leurs propres histoires familiales, qui, d’ailleurs, pouvaient plus ou moins entrer en résonnance avec celles des familles interrogées. Il n’y avait en effet aucune raison pour que le profil de nos élèves soient différents de ceux des familles interviewées, y compris sur le plan politique. Peut-on alors aller jusqu’à parler d’une complicité dans l’établissement implicite de ce qu’il convient de dire ou de ne pas dire ? En tout cas, s’il y a pu y avoir un sentiment de frustration face aux multiples blocages et à un travail perçu in fine comme inabouti, on peut y lire en creux le rapport tout aussi compliqué que nos élèves entretiennent avec l’histoire de leur famille que ces entretiens n’ont pas manqué de révéler à leurs propres yeux. Il y aurait là un autre chantier à explorer, celui des effets que cette enquête n’a pas manqué de provoquer chez ces jeunes gens qui, certes, ont un peu souffert tout au long de ce projet et ont parfois opposé des formes de résistance passive à sa réalisation, mais ont aussi été probablement un peu transformé par cette expérience.

Nous sommes les élèves de la 1ère ES-3 2015-2016. Au cours de l’année, nous avons réalisé un travail sur les mémoires de la Guerra Civil en Espagne des familles espagnoles.

Ce site est le résultat d’un projet pédagogique sur les mémoires familiales au Lycée français de Madrid initié en 2015-2016. Les élèves de la classe de 1ère ES3, encadrés par une équipe pluridisciplinaire d’enseignants et de non-enseignants, ont mené une enquête de terrain auprès de quelques familles espagnoles volontaires afin de confronter leurs souvenirs personnels à l’histoire de l’Espagne et à la mémoire collective des Espagnols. Ils/elles se sont ainsi mué(e)s en apprentis enquêteurs/trices pour à la fois préparer la trame de l’enquête, mener les entretiens sur trois générations — de l’enfant scolarisé au lycée jusqu’à l’un au moins de ses grands-parents, en passant par l’un au moins de ses parents —, et enfin retranscrire partiellement ces entretiens.

Cette année 2016-2017, la classe de 1ère ES1 donnera une nouvelle direction à ce projet : les élèves seront chargés d’accompagner les familles qui souhaitent déposer de nouveaux témoignages. Le site deviendra ainsi un espace ouvert et vivant où ces récits d’une grande diversité, en s’accumulant, dessineront un portrait original et évolutif de la population du Lycée français de Madrid.

Ce projet a reçu le label Action Pédagogique Pilote (APP) de l’Agence pour l’Enseignement français à l’Etranger (AEFE). Il bénéficie du partenariat avec des institutions prestigieuses comme l’Institut français de Madrid, la Casa Velasquez ou la Maison d’Izieu.

BOÎTE À SOUVENIRS

ENVOYEZ VOS TÉMOIGNAGES