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Quand les souvenirs croisent l’historie

Les traumas de la guerre civile

L’expérience de la mort
Mon aïeul, ce héros
Nous avions faim

L’Espagne était complétement détruite dans l’après-guerre, il y avait de la misère partout, les ressources premières telles que l’eau, la lumière… étaient presque inexistantes. Même si Antonio faisait partie du camp des vainqueurs, ses besoins basiques n’étaient pas toujours satisfaits. Il y avait des jours où le courant électrique ne fonctionnait pas, la lumière du métro se coupait… Ils avaient des cartes de rationnement à cause du manque de nourriture. Il m’a raconté une petite anecdote qui illustrait parfaitement le sous-développement de l’Espagne. À l’époque, on devait respecter les cartes de rationnement, on ne pouvait pas acheter plus de ce qui y était écrit. Cependant son grand-père avait envie d’acheter des pommes de terre et de l’huile à Tolède pour calmer la faim de sa famille, ce qui était considéré comme un délit. Ils sont allés ensembles avec leur chauffeur. Le trajet a été plutôt long à cause des routes rudimentaires et non asphaltées, avec de petites pierres qui crevaient les roues. Ainsi, le chauffeur a dû les changer environ une vingtaine de fois. Ils ont mis presque un jour entier pour aller chercher de la nourriture à quelques kilomètres de Madrid. Cette anecdote illustre l’incapacité de l’Espagne à fonctionner alors correctement, et la terrible pénurie des ressources primaires, y compris pour l’élite sociale de l’époque.

Famille O; Antonio, (le grand-père)

La seule chose que nous disait mon père qui est né pendant la guerre civile, c´est qu´il avait faim. Qu´il mangeait des pommes de terre et ils cuisinaient la peau de la pomme de terre.

Famille FG; Isabel, (la mère)

Gaël habla de algo que le chocó mucho cuando se dio cuenta. Se trata de la casa de su tía que tenía comida por todas partes, y un día un miembro de su familia le explicó que era porque al haber vivido durante la guerra se acostumbra a guardar más de lo suficiente por si acaso.

Famille G; Gaël, (le fils)

“Gracias a Dios se pudo meter en la embajada de Guatemala y allí terminó la guerra. Hasta que no terminó no pudo salir. Pero allí se morían de hambre. Comían algarrobas. (…) Pasando hambre, no. Pero escaseces sí. Sobre todo, en los primeros años. Yo me acuerdo de tenerlo todo racionado. Éramos ya ocho hermanos, o siete, aunque luego fuimos nueve. La verdad es que nos controlaban todo: el pan, la mantequilla… yo me acuerdo que nos ponían un plato para desayunar y un trocito de mantequilla a cada uno, porque no podíamos comer más, con un trozo de pan. Eso siempre se me ha quedado marcado porque, decían, ahora no lo entiendes, pero en ese momento no podías comer más que ese trocito de mantequilla…y gracias a que lo teníamos”.

Famille Ri; Milagros, (la grand-mère)

Bien qu’Alvaro n’ait eu que cinq ans à la mort de son arrière-grand-père, celui-ci reste pour lui une figure marquante, l’archétype du héros de guerre. Originaire des Canaries, il a combattu dans le camp nationaliste, et c’est dans ce contexte qu’il a perdu la moitié de son bras droit. Même si Alvaro ignore les circonstances exactes de l’événement, pour lui, la simple vision du bras manquant est synonyme de courage, de force et d’esprit guerrier.

Famille Ro; Álvaro, (le fils)

La perte du bras du grand-père est revenue dans le récit de Javier, plus riches en détails factuels et historiques, mais d’où il ressortait toujours cette image d’un héros de la guerre civile. C’est sur le Front d’Aragon, en 1937, combattant au sein de la la V División Orgánica lors de la bataille pour s’emparer de la ville de Jaca tenue par les Républicains, qu’il aurait reçu une grenade qui aurait causé la perte de la partie du bras droit allant de l’extrémité jusqu´au coude. Cette blessure l’obligea à quitter le champ de bataille et à retourner aux Canaries auprès de sa famille et où il put occuper un poste administratif dans l’armée. Javier voyait son grand-père comme “un homme qui aurait tout donné pour défendre sa patrie”.

Famille Ro; Javier, (le père)

La société espagnole qui transparaissait dans le récit d’Ines était bien différente, machiste, injuste et profondément marquée par une guerre meurtrière et absurde. Pour elle, son père n’avait été qu’un homme égoïste et irresponsable, capable d’abandonner sa famille pour satisfaire son ego, condamnant de ce fait sa femme et sa fille à des tâches domestiques pour survivre. C’est à la veille de la bataille de Jaca que son père fut blessé au bras par une grenade, évacué en mars 1937 avant la phase principale de la bataille qui, grâce à une forte résistance républicaine, provoqua des pertes importantes dans le camp nationaliste. Pour Ines, la perte partielle du bras était le prix à payer pour cet engagement irraisonné.

Famille Ro; Inés, (la grand-mère)

“Yo nací en plena guerra, en un bombardeo, y cuando nací justo se cayó el cuadro encima, esto… por poco nos mata a mi madre y a mí. Y yo me llamo Milagros porque mi abuela dijo: “Esto es un milagro, ¡que viva!”. Me iba a llamar Paloma. Y luego a la ama de unos amigos nuestros la mató una bomba en ese momento. Eso nos marcó para siempre. Nos impresionó porque estaban mis otros hermanos con ella y con otros abajo de casa, que es donde cayó la bomba. Mi padre era ingeniero, católico y padre de familia. Le quisieron matar tres veces durante la Guerra por ser “del Bando Nacional” … Le salvó, la primera vez, el portero que le avisó de que le venían a buscar. La segunda vez, el farmacéutico que conocía a mi padre. Y la tercera vez, otra persona que nunca supo quién era, pero que, gracias a él se salvó. Mi padre iba a ir a cobrar su sueldo de ingeniero al sitio donde trabajaba y le dijeron por la calle no se vuelva, pero no vaya allí porque están esperando para cogerle y matarle. Y todos los que fueron allí, compañeros de mi padre, los mataron. Y él nunca supo quién se lo había dicho. Debieron de matarle.”

Famille Ri; Milagros, (la grand-mère)

Mon père a commencé très jeune à travailler, en 1931, au moment où la république est proclamée : ainsi, à 16 ans il est journaliste chargé de la vie parlementaire, ce qui déjà pour l’époque était étonnant. Grâce à mon grand-père, un dirigeant syndicaliste, socialiste, mon père noue des relations avec des personnalités politiques de gauche et monte très vite dans la hiérarchie. Il devient secrétaire des Jeunesses socialistes au niveau national dès 17 ans [19 ans en fait], et joue un rôle fondamental, car c’est sous sa direction qu’a lieu la fusion des mouvements de jeunesse socialiste et communiste, qui alors donne lieu à un nouveau mouvement, «  la jeunesse socialiste unifiée », dont il prendra la tête. Pendant la guerre, cette puissante organisation étend son influence sur la moitié du territoire et regroupe plus d’un demi million d’adhérents.

Famille C; Jorge, (le père)

“Mi padre nació en Melilla en 1932 de una familia de militares. Su padre era militar y su abuelo también. En 1936, cuando empezó la Guerra Civil, mi padre aún vivía en Melilla y su padre, militar, se quedó fiel, por así decirlo, en el bando de la República. Fue detenido, juzgado, condenado a muerte y fusilado en el año 1938. Mi padre vino entonces a Madrid en 1942 a estudiar en un colegio de huérfanos del ejercito hasta sus 18 años.”

Famille A; Ignacio, (le père)

”A l’époque de la guerre civile, David se déplaçait avec un matelas au-dessus de lui et vivait dans un garage avec d’autres familles pour éviter les bombes. Il confondait le drapeau des anarchistes et celui de la phalange car ils avaient des couleurs similaires. Pour lui, les batailles aériennes étaient comme un jeu et, du fait de son jeune âge, il n’avait pas vraiment conscience de ce qu’était une guerre.”

Famille S; David, (le grand-père)

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